Mrs Julienne Lusenge Speech

 

Communiqué de presse de Mme. Julienne Lusenge auprès du Secrétaire Général des Nations-Unies M.  Antonio Guterres et M. Peter Maurer Président du Mouvement  international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge lors du point de presse engagé à intensifier les actions pour prévenir et éliminer les violences sexuelles et celle basée sur le genre pendant les conflits.

Monsieur le secrétaire General des Nations-Unies, Monsieur le Président du CICR et du Croissant Rouge,
Mesdames et Messieurs,
Nous vous remercions de nous avoir invitée afin de porter la voix des victimes et des survivantes des violences sexuelles qui sont aussi des agents de changement. Je suis originaire de la RDC, plus précisément de Beni une région en proie à un génocide, même en ce moment.
Notre organisation SOFEPADI offre la prise en charge globale, médicale, psychologiques et judiciaire des survivantes. Dans ce contexte de plus de 20 ans d’instabilité et d’insécurité, nous organisons la réinsertion socio-économique des victimes.
Avec une approche communautaire, nous impliquons la communauté, les chefs coutumiers, les jeunes, et les survivantes elles- même. Les femmes viennent chez nous comme victimes, mais retournent chez eux comme agents de changement, une fois formées sur leurs droits et les lois qui répriment les violences sexuelles, elles participent à la lutte. Au cours des audiences foraines organisées dans les villages, les populations mobilisées assistent aux audiences foraines et comprennent que la justice peut être rendue et les auteurs punis. Le travail du centre médical de SOFEPADI est reconnu par tous les acteurs, mais nous ne recevons pas de soutien financier suffisant pour maintenir ce travail.
Monsieur le Secrétaire Général, nous reconnaissons votre engagement dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Malgré tous les efforts, les violences continuent à travers le monde.  Au cours de ce mois de février, notre centre médical KARIBUNI WA MAMA à Bunia a reçu dans une semaine 28 enfants victimes de graves violences sexuelles dont un bébé de 2 ans.
Nous continuons à recevoir les femmes détenues, esclaves sexuelles par les différents groupes armés dans nos différents bureaux. Elles subissent non seulement l’esclavages mais aussi les mariages et travaux forcés, violences physiques, psychiques et économiques, traitements inhumains et dégradant.
Les violences domestiques, le harcèlement en milieu scolaire et professionnels, tous ces abus sont inacceptables. Il est temps que les corps des femmes cessent d’être les champs de bataille. Il est temps que les victimes obtiennent justice et réparation. Il est temps que les violences sexuelles comme tactique de guerres s’arrêtent. Et pour que ceci devienne une réalité, Il est temps que les femmes soient impliquées dans la paix et toutes les décisions autour. Il est temps que l’engagement du Sommet Humanitaire Mondial à Istanbul de 2016 sur le financement des réponses aux crises soit accordé aux organisations qui œuvrent contre les violences basées sur le genre.
Il faut mettre en place les mécanismes de prévention au lieu de seulement soigner. Mettre les femmes à l’abri : faciliter l’accès au service de base : service de santé adéquat, eau potable, les routes, énergie renouvelable et solaire pour éviter d’aller chercher les bois morts dans la brousse éloignée où elles sont agressées ou kidnappées. Pour faire face à l’urgence, nous avons besoin des structures fortes financièrement et techniquement au niveau local.
Pour que nous puissions réellement y arriver, nous devons former, accompagner et donner les moyens pour que les organisations ou groupes des femmes mettent en œuvre des différentes formations reçues, qu’elles grandissent, se stabilisent et prennent en charge et assurent la continuité, la pérennité des actions de la prise en charge.
Nous devons sensibiliser les membres des communautés et les jeunes à se désolidariser des groupes armés. Le budget au programme de réinsertion des victimes doit être vraiment revu lors des allocations des différents fonds pour combattre les violences sexuelles. Ceci permettra d’élaborer des programmes avec impact pour changer la vie des victimes. Les enfants issus de viol et les victimes de violences sexuelles doivent être intégrés dans tous les programmes. Les états doivent organiser l’enregistrement légal de ces enfants en tant que citoyennes et citoyens à part entière.  
RECOMMANDATIONS :
–  Prévenir les violences par l’installation de services de bases (eau, soins médicaux, énergies renouvelables, l’apprentissage des métiers).
– Soutenir techniquement et financièrement les groupes et les associations des femmes pour les rendre capables de répondre immédiatement aux besoins des femmes et filles dans le contexte des conflits. Ce sont elles les premières actrices humanitaires.
– Offrir les services de base aux survivantes et établir un cadre de dialogue femmes-hommes pour discuter les problèmes de violence et trouver la solution.
– Avec une approche communautaire mettre en place des centres médicaux équipés, notamment psychologiques et en plus les services judiciaires, donc une prise en charge holistique dans les différentes régions pour rapprocher les services des victimes.
– Renforcer et appuyer les réseaux des survivantes au niveau national et international pour que leur voix soit entendue.
– Assainir le milieu, combattre effectivement les groupes armés
– Mettre en place un programme national et un fond de réparation par les états membres des Nations-Unies.
– Les institutions judiciaires doivent être fonctionnelles et animées par des gens intègres, des prisons reconstruites, avec un programme réel de rééducations pour la sécurité des victimes et activistes.
Je vous remercie pour votre attention,
Julienne Lusenge,
PCA SOLIDARITÉ FÉMININE POUR LA PAIX ET LE DÉVELOPPEMENT INTÉGRAL (SOFEPADI) ET DIRECTRICE DU FONDS POUR LES FEMMES CONGOLAISES (FFC)

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